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Choisir et mélanger ses cibles
Parmi les voies, les grandes options qui s'offrent à l’écriture, deux se distinguent clairement, ou plutôt trois.
Commençons par la plus généreuse - la moins en vogue - celle qui recherche la puissance du Verbe, son intensité, se place dans le mouvement que crée la profusion des mots, des sonorités et des images, voie quand cette profusion n’est pas gratuite.
Puis la voix moyenne, contemporaine, celle qui se calque sur l’oralité, sur l'usage de la langue de tous les jours, directe, une langue qui n'est pas dépourvue de subtilité, mais penche vers la commodité d’un langage transparent, efficace, sans musique ni ellipse, laissant toute la place à l’histoire et à ses personnages, à la psychologie, au suspense et à l’intrigue.
Et enfin la voix suggestive, l’écriture qui se concentre autour des vides qu’elle prend soin de créer, ces écritures avec sous-textes, écritures allusives, fortes des espaces laissés au lecteur, au lecteur patient et attentif qui aime être sollicité -le vrai lecteur ? Car, comme l’explique Vladimir Jankélévitch :
"Les lacunes que nous comblons nous-mêmes agissent sur notre imagination comme un vide attirant et exaltent les puissances de rêve qui sont en nous."
Faire confiance au Verbe, ne s’en servir que comme d’un outil le plus neutre possible ou pratiquer la brachylogie* (prise en sons sens le plus large d’ellipse) ? Écrire, c’est viser un peu de ces trois cibles, chaque style d’auteur composant sa palette.
Brachylogie : provient du latin brachylogia, « Brièveté dans l’expression ». Il s’agit d’une figure de rhétorique, plus précisément une ellipse consistant à ne pas répéter un élément de la phrase comme ci-dessous :
"Sa tête se mit à tourner, son cœur à battre fort."
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Merci Monsieur Tolstoï
Citation Léon Tolstoï sur les contemporains
" «Vous dites vrai… mais c’était bon de votre temps. » reprit Véra, qui aimait à parler de « son temps » comme tous les esprits bornés qui sont persuadés que la nature des personnes se transforme avec les années, et qui s’imaginent savoir à quoi s’en tenir mieux que personne sur les singularités de leur époque… « Aujourd’hui... » ".
Cette citation tirée de Guerre et Paix que je relis en ce moment est un bel exemple de réponse à ceux qui m'interrogent ou s'interrogent : mais pourquoi donc lire encore les classiques ? Sortir de l'illusion du caractère unique et supérieur du "contemporain" est une question qui a traversé toutes les époques.
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Écrire
En reprenant et m'appropriant les mots de Valéry : je veux écrire pour solidifier ses pensées. Les poser pour les voir.