Définir la nouvelle : genre, formes et enjeux d’écriture

Définir la nouvelle : genre, formes et enjeux d’écriture
« Définir une chose, c’est écarter d’elle les innombrables significations qu’y pourrait attacher notre ignorance et c'est, à son propos, en finir avec l’infini. » Marcel Aymé.
 
Nous ne chercherons pas ici une définition, mais une direction avec la volonté de ne pas limiter la nouvelle à  l’histoire à chute (surprise finale), C’est l'image que se fait trop souvent le lecteur français de la nouvelle, une conception réductrice  qui ne rend pas justice à la variété de ses formes.
Notre point de vue, qui sera celui de l’auteur, pas celui du critique, ni de l’éditeur ou du spécialiste suivra deux perspectives :
Tout d’abord, une définition technique
Puis une mise en perspective historique qui permettra d’observer les développements de la nouvelle pour en repérer les constantes et les variations. 

Enfin,  la confrontation avec d'autres formes de récits brefs permettra d'en préciser les spécificités.

Rappelons que notre point de vue sera celui de l’auteur : pas du critique, de l’éditeur, ni du spécialiste.

 

  1. La nouvelle, un genre littéraire

Les principaux autres genres sont le roman, le théâtre et la poésie. 

La distinction en genres permet aux lecteurs de disposer de repères dans le paysage littéraire, repères souvent bien nécessaires à une époque où les sorties en librairies sont innombrables. Cependant, ce classement par genre qui s’impose aux auteurs comme aux éditeurs ne rend pas compte de la spécificité de chaque texte.
Les principaux autres genres sont le roman, le théâtre et la poésie. La distinction en genres permet aux lecteurs de disposer de repères dans le paysage littéraire, repères souvent bien nécessaires à une époque où les sorties en librairies sont innombrables. Cependant, ce classement par genre qui s’impose aux auteurs comme aux éditeurs ne rend pas compte de la spécificité de chaque texte.En effet, si les genres ont leurs formats, leurs attendus de forme et de contenu, ces normes restent relatives à une époque et n’ont qu’une valeur indicative.La notion de genre doit s’entendre comme une sorte de base, de cadre fait pour être infléchi et renouvelé. Certains auteurs comme Botho Strauss, récusant la distribution en genres, préfèrent parler, par exemple, d’histoires courtes, de récits qui n’impliquent rien d’autre qu’une limite de longueur laissant ainsi une quasi totale liberté à l’écriture.
En effet, si les genres ont leurs formats, leurs attendus de forme et de contenu, ces normes restent relatives à une époque et n’ont qu’une valeur indicative.
La notion de genre doit s’entendre comme une sorte de base, de cadre fait pour être infléchi et renouvelé. Certains auteurs comme Botho Strauss, récusant la distribution en genres, préfèrent parler, par exemple, d’histoires courtes, de récits qui n’impliquent rien d’autre qu’une limite de longueur laissant ainsi une quasi totale liberté à l’écriture.
Notre approche tentera de ne pas essentialiser la nouvelle comme s’il existait un type en soi, un idéal fixe et éternel la réduisant à un type de texte précis avec des règles strictes et définitives, et plutôt d’explorer le maximum de possibilités aussi bien de longueurs (de la longue nouvelle à la Maupassant au texte très court de Fénéon), que de thèmes et de styles (prose et poésie, lyrisme ou écriture neutre).
Dans le domaine de l’édition, la nouvelle à la diffusion, souvent confidentielle, échappe à la marchandisation de la littérature et la standardisation qui l’accompagne. Elle propose un espace de création et de liberté qu’il serait dommage de trop restreindre.
La nouvelle, genre polymorphe, est par excellence le genre des métamorphoses, elle se réinvente à chaque époque. Ni fixe ni figée, elle dépend de l’esthétique et de la perspective choisie par son auteur. Cependant, le terme nouvelle n’est pas vide de sens, c’est ce noyau commun, cet esprit de la nouvelle que nous allons chercher à préciser..

 

 2.  Un genre narratif

« L’homme est un conteur d’histoire. » Jean-Paul Sartre  
Comme le roman, la légende, l’épopée, la fable, la nouvelle fait partie des genres narratifs, elle raconte une histoire ou tout au moins, on y perçoit un ou des personnages. Ainsi, certaines nouvelles ne racontent pas vraiment d’histoire, mais un instant, un moment particulier.
Selon les époques, elle se rapproche ou s’éloigne d’autres formes de récits brefs dont elle a eu parfois du mal à se distinguer : on la confond alors avec les contes, les histoires, les anecdotes, le cas de…, fables, apologues, scènes, leçons… qui sont accolés à son titre. Les recueils de nouvelles, notamment au XIXe siècle, prennent facilement le titre de « contes » sans toutefois se confondre avec les contes pour enfants. Au XXe, le conte, plus spécifiquement associé à l’idée de merveilleux, se distingue nettement de la nouvelle.
Il est nécessaire de faire un bref retour sur le mot et son histoire pour en comprendre les enjeux.

  

 3. Historique de la notion  

-  Qui est l’inventeur de la nouvelle dans sons sens actuel ? Il semble difficile de l’identifier : Mérimée ? Nodier ?

-  Son origine remonte au Moyen-âge avec les fabliaux, puis le Décaméron de Boccace (XIVe) et, à la Renaissance, les nouvelles épiques, les novella italiennes.

-  Au départ, la nouvelle implique une idée d’aventure, ce qui advient, avec des récit de faits cocasses (Boccace), mais aussi des histoires exemplaires.
On rencontre, dès cette époque, plusieurs tendances opposées :
l’histoire d’un personnage type /celle d’un personnage individualisé, d’une aventure particulière.
Òu encore :
le récit psychologique / la pochade, comme dans le fabliau médiéval, l’histoire cocasse.
 
- La nouvelle se développe à l’âge classique et l’on considère alors la Princesse de Clèves comme une nouvelle. La nouvelle hérite de la tradition orale, celle du conte par ses sujets et par son style.
 
- On remarque une relative éclipse au XVIIIe siècle qui préfère le conte et les récits classiques centrés sur un temps fort de l’action romanesque (évènement, rapt, rencontre, enlèvement, naufrages, évasions chers au XVIIIe) sans réel souci de réalisme.
 
- Grand renouveau de la nouvelle au XIXe avec Mérimée, Gautier, Maupassant, Poe et bien d’autres dans une grande diversité de formes parfois (rarement toutefois) centrées sur un instant et une dimension psychologique, mais toujours liées à une anecdote, une histoire.
Les termes nouvelle et conte sont utilisés au XIXe sans distinction d’où une certaine confusion.
 
- Le XXe poursuit cette évolution avec l’émergence de la notion de recueil de nouvelles.
On peut citer, parmi beaucoup d’autres, Marcel Aymé, Paul Morand, Marcel Arland, Colette, Boulanger, mais aussi Kafka ou, au Japon, Akutagawa.
Cependant, pour certains comme André Breton, c’est un genre considéré comme périmé.
 
- Actuellement boudée par le public au profit du roman - c’est peut-être un peu en train de changer… - on remarque toutefois le succès de certains nouvellistes de la deuxième partie du XXe et du début XXIe :
          - étrangers comme Buzzati, Borges, Cortazar, Mishima, Pirandello, Botho Strauss et notamment aux États unis : Salinger, Carver, Wolf
          - ou français avec Tesson, Jauffret, Daeninckx
Des formes proches apparaissent dans de nombreuses traditions littéraires étrangères à diverses époques, Novella, Novelette, Erzählung (récit), Short Story (terme qui écarte la confusion avec la nouvelle au sens d’information)… Elles n’ont pas tout à fait le sens de « nouvelle à la française ».

 

 

 4.  L'étymologie, une excellente piste

Il vient du mot italien novellare (XVIe) : double sens de récit et d’immédiateté, à la fois raconter et changer, c’est le premier avis sur un évènement, en subsiste l’expression « écouter les nouvelles ». De ce lien avec l’idée de nouveauté, la nouvelle garde la recherche de l’imprévu, de la surprise de sa fin : découvrir un évènement nouveau et renouveler un contenu par des récits originaux « frais » (en fait souvent des reprises). S’ancre ici l’idée d’authenticité, la nouvelle se veut la réalité ou plutôt, assumant sa dimension de fiction, la vérité au sens de l’histoire vraisemblable par opposition au conte, et, finalement : la fiction qui renouvelle la perception d’une histoire. Pas seulement une information, quelque chose d’inattendu : la nouvelle ébranle, bouleverse les façons de voir, les certitudes.
On a pu l’utiliser pour servir une valeur morale, une dimension d’élévation ou tout au moins de questionnement. Ni l’anecdote ni même la distraction ne sont déjà plus une fin en soi dans l’Heptaméron (72 histoires) de Marguerite de Navarre (1559).
 
 

  5. Spécifier la nouvelle par comparaison ?

— Nouvelle et récits  

Le récit se concentre sur le déroulement des faits, la succession temporelle des actions : écrire un bon récit, c’est bien raconter.
La nouvelle est aussi un genre narratif : elle raconte une histoire, une anecdote, un incident, un évènement.
Oui, mais bien raconter ne suffit pas pour écrire une nouvelle ! Ce n’est pas seulement un récit bref. Ainsi la vie d’un homme célèbre, même bien racontée et de façon brève, ne fait pas une nouvelle ni le récit détaillé d’un fait divers. La nouvelle offre quelque chose en plus que la dimension purement factuelle. Quelle est la nature de ce plus ?
Un contre-exemple ?
Dans le délicieux recueil Les Allées sombres, Ivan Bounine a glissé des textes comme L'Idiote que je qualifierais plutôt de récit : on suit l’itinéraire, le plus souvent dramatique, d’un personnage, sans véritable surprise. Le fait par de glisser à la fin que l’enfant "était affreux", ... "mais quand il souiait il était gentil tout plein", ne me semble pas suffisant : un  récit de vie, la trajectoire sociale typique de certains domestiques de la Russie avant la révolution, oui, mais pas vraiment une nouvelle. La discussion reste ouverte... 
 

— Un roman concentré ?

On trouve parfois des définitions de la nouvelle comme : roman miniature, sans compter les expressions fort péjoratives comme roman avorté ou encore vide poche d’auteur qui suggère une sorte de facilité de la nouvelle par rapport à l’écriture d’un roman.
Certes, elle se différencie par sa longueur, mais même la nouvelle-récit la plus orthodoxe n’est pas un petit roman !
Certes, la nouvelle est un récit avec exposition resserrée et déroulement rapide, elle va tout de go au fait principal comme le montre l’expression que l’on retrouve souvent chez Boccace : « pour abréger ».
Comme nous l’avons souligné précédemment, une vie d’homme extraordinaire, un récit de vie, une scène, une brève anecdote… ne font pas une nouvelle.
Elle ne se contente pas d’être une histoire brève, elle exige une cohérence de la forme et la faculté de surprendre, de ne pas se laisser deviner. On voit ici l’importance de l’art de la suggestion, du sous-entendu qui reste au centre de l’écriture de la nouvelle.
 
- De plus, la lecture d’une nouvelle est différente de celle d’un roman, elle s’inscrit dans un temps différent, s’aborde avec un état d’esprit différent. Le roman présenté comme horizontal, s’étalant dans le temps à la verticalité de la nouvelle qui creuse et ramène directement à la surface des éléments cachés, secrets.
L’élément clé de cette différence repose dans la possibilité, grâce à la brièveté, d’avoir la totalité du texte en mémoire : la nouvelle forme un tout, perçu comme une unité dans laquelle chaque détail résonne dans la tête du lecteur et construit une petite totalité insécable..
— Une seule coulée donc qui se sépare nettement des méandres et des péripéties diverses du roman. Que le récit soit plaisant ou psychologique, un point commun s’impose (sauf exception, nous ne sommes pas en mathématiques…) la nécessité de s’en tenir à une unité d’action ou de scène. Il s’agit de développer les phases essentielles sans dériver sur d’autres histoires en conservant une structure narrative maitrisée.
Plus la nouvelle est longue, plus elle ressemble à un petit roman. Avec plusieurs scènes concentrées, elle perd son caractère synthétique, mais elle acquiert le charme du « petit » roman : le développement permet la plongée du lecteur, son attachement aux personnages… tout en donnant tout de même l’impression d’unité.
 

— Nouvelle et microfiction

La microfiction, genre assez nouveau de récit très court, se distingue de la nouvelle très courte par sa façon de se centrer non plus sur la composition, la forme, la structure, mais sur la dimension de fragment, d’ellipse, l’implicite, la suggestion, l’ambiguïté et le rôle accru du lecteur qui en découle.

 

 6. Synthèse de la notion de nouvelle aujourd'hui

En conclusion, rappelons les caractéristiques de la nouvelle d’aujourd’hui.

Même si le terme semble impossible à définir avec rigueur, car beaucoup de nouvelles jouent et même s’éloignent des attendus de ce genre littéraire -ce qui est plus que légitime, car, en matière de création, réussir, c’est souvent brouiller, bousculer ou tout au moins jouer avec les modèles et les genres - l’on peut repérer des tendances fortes de la nouvelle :
 -  La brièveté - par opposition au roman - est le caractère le plus unanimement accepté, mais laisse tout de même un éventail assez large : de moins d’une page - pensons au « Nouvelles en trois lignes » de Félix Fénéon - à quelques pages ou à quelques dizaines de pages. Le critère éditorial de la nouvelle est souvent de comporter moins de 20 000 mots.
 
 -  Une esthétique de cette brièveté 
La densité d’un récit fortement unifié : unité d’action, sujet unique, une seule histoire alors que l’art du roman consiste souvent à entremêler les histoires. 
- Simplicité de sa construction narrative : la nouvelle se concentre sur un épisode tandis que le roman est une suite d’épisodes.
Son argument doit pouvoir être résumé en une courte phrase.
Pas de développements, mais une concentration : elle propose un « raccourci vers » une idée, une émotion…
- Cette économie de moyens correspond à une forte intensité de l’effet produit.
Un seul narrateur direct ou reprenant une histoire racontée, une lettre trouvée ou une construction enchâssée comme dans les Mille et une Nuits ou Jacques le fataliste qui permet d’organiser plusieurs nouvelles ensemble.
Cadre spatio-temporel précis : forme concentrée de l’action et surtout du temps, la nouvelle raconte souvent un moment de crise avec ou sans les moments qui la précède (mais pas toujours)…
 

Réduction du contexte à l’indispensable, à l’immédiat. Et parfois moins…

Nombre de personnages réduit. 
Portraits et descriptions courtes.
Souvent le récit prime sur la psychologie des personnages qui n’est décrite qu’en relation avec les évènements du récit. 
La brièveté exige que les images et les métaphores soient très bien choisies plus que multipliées : riches de résonances et de connotations.
— Esthétique de la surprise souvent concentrée dans la fin : la nouvelle prépare une chute avec un effet de surprise, de résolution d’une crise ou parfois même de transgression.
Mais ce n’est pas la seule possibilité : la surprise qui éclaire un aspect inattendu (morale, sens de la vie, psychologie…) peut surgir par la forme et par le fond plus que par la fin. 
Cette surprise passe par une révélation nette ou par quelque chose de plus ténu : explicite, mais aussi implicite : trouble, non réponse qui vont donner de l’épaisseur au texte, un pouvoir de fascination.
Elle fait percevoir quelque chose sous un nouveau jour. L’idée de nouveauté la distingue du conte ou de la fable.
Souvent, elle repose sur une ambition de vérité, de description fidèle du monde : ambition de provoquer une interrogation, une prise de conscience, d’avoir une portée philosophique, sociale, psychologique, « humaine » tout simplement !
 
—  Certains caractérisent la nouvelle contemporaine par la notion d’instant, perspective plus moderne que l’anecdote, cela me semble réducteur. La nouvelle-instant reste une forme minoritaire parmi d’autres possibles.
 
La nouvelle serait écrite pour le lecteur plus nettement encore que le roman avec l’envie de produire un effet comme lorsque l’on raconte une histoire : proximité, complicité, jeu avec lecteur…

En résumé : pas de définition unique, de critère, hors la longueur et même celle-ci est variable !

Reste une direction, une exigence de forme et de fond : aller au-delà de l’anecdote et trouver la forme la plus propre à faire passer « l’effet » recherché et rester centré, concentré, explorer la contrainte du texte court et ses possibilités spécifiques.
 
Elle pose de nombreuses questions d’écriture : les notions de récit, anecdote, temporalité, enchaînement d’actions, instant, rupture, continuité, construction… 
La nouvelle stimule la création de formes narratives avec des problèmes formels spécifiques, ceux de l’exploration de la fiction brève, un univers concentré nécessitant une maitrise technique.

 La nouvelle implique une structure qui mène à la fin ou tout au moins une construction originale. 

Un récit non structuré, même avec chute, ne constitue pas une nouvelle complètement réussie : il faut la mise en place d’un jeu de pistes, de détails repris ou modifiés…
D’où la nécessité aussi d’une intention, en prenant ce mot dans au sens très large : 
surprise, trouble, enchantement, mystère, non-dit…
Souvent considérée comme une excellente école d’écriture, ce qu’elle est effectivement, elle ne doit pourtant pas être réduite à un exercice préparatoire ou à une amorce de roman, même si certaines nouvelles ont ensuite été développées en ouvrages longs. 
 
 

7.  Un art de la nouvelle? 

S’il existe un « art de la nouvelle », quel est-il ?
-  l’art de la forme et de la construction
-  l’art de dégager, d’isoler, de ciseler
-  de savoir choisir et de se limiter à un sujet restreint : s’en tenir à l’essentiel, de se focaliser sur un seul fait, un instant non ramifié tandis que le roman va déplier, développer
- l’art de la sobriété des moyens, mais aussi l’art du non-dit, du silence, de l’omission.
 
La nouvelle donne un cadre, mais dans le sens d’une possibilité, d’une contrainte stimulante et d’un espace de liberté et va permettre d’aborder le texte long ainsi que de très nombreuses questions d’écriture.
Elle impose de varier les formes sinon elle tombe vite dans la monotonie du procédé, notamment dans le cadre d’un recueil. 
C'est à ce prix - invention, renouvellement de la forme - que la nouvelle peut échapper au sentiment d’un "genre limité", celui notamment de "l'histoire à chute" qui contribue à le décrédibiliser.
 
 

 8. La nouvelle aujourd’hui, un art de la composition, une zone de résitance

Plus je travaille sur la nouvelle, écriture de textes, animation de stages, et plus ce genre me passionne. Il permet de pratiquer la fiction non seulement comme un art de raconter, mais un art de la composition. La nouvelle, à la fois un art du détail et un art de l'ensemble : elle doit ressembler, à la fin,  à un betit bijou parfaitement poli. Elle dépasse le "texte court" par ses enjeux et fait entrer dans la totalité des enjeux de l'écriture de la fiction.
 
 La nouvelle met en avant la possibilité de varier la structure de la fiction, offrant ainsi une liberté formelle plus large que le roman  : choisir un point de vue particulier, une temporalité complexe, une forme ambiguë de journal intime, une construction circulaire nette… Ce qui pourrait n’apparaitre que comme des jeux formels et littéraires permet au contraire de distiller des idées, une dimension dramatique, historique, humaine tout en échappant à la simplification du personnage ou du récit chargé de les symboliser.
 
Le sens, porté par la forme, reste ouvert à la complexité, au doute, à l’ambiguïté. Il échappe à la clôture de l’explication et de l’exemplification, le lecteur perçoit les enjeux à un autre niveau que celui de l’évidence morale ou politique. Le sens est là, il parvient au lecteur, mais comme dans la vie, non comme une réalité ferme et définitive "montrée", "expliquée", "exemplifiée", mais comme une forme sous-jacente qui fait tenir l’enchainement des choses et des actes sans en dévoiler jamais totalement le secret.
 
C’est en cela que la nouvelle peut constituer un pôle de résistance au rouleau compresseur du roman contemporain qui véhicule trop souvent une vision sans recul et sans complexité des enjeux de notre époque. La nouvelle offre une possibilité d’expression aux voix dissidentes éprises d’aventures littéraires authentiquement libres. En effet, le cadre de la nouvelle peut permettre de se libérer des injonctions que dissimule l’apparente multiplicité de la production romanesque contemporaine : l’injonction notamment de confirmer le lecteur dans ses convictions et de correspondre à ses attentes, la liberté de ne pas, forcément, lui ressembler.

 

Pour conclure, il me semble que l’essentiel, pour celui qui écrit des nouvelles, est de faire sienne cette phrase de Baudelaire :
« Plus condensé que le roman, la nouvelle jouit des bénéfices éternels de la contrainte. »
Jeu entre liberté et contraintes ... Une phrase qui s’applique à la nouvelle. A à la vie ? 
 

 

 

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